Archives pour février 2011

La dépendance nous fait aussi courir des risques nucléaires

Vendredi 11 février 2011

L’Ontario a fait le choix du nucléaire depuis des lustres. Choix qui s’est avéré couteux, toujours plus couteux. Choix qui produit des résidus radioactifs hyper toxiques et toujours plus de résidus. C’était connu. C’était son choix. Le minimum qu’on lui demande c’est de vivre avec son choix. Avec la totalité de son choix. Et donc de traiter lui-même chez lui ses résidus. «À chacun ses merdes», disent les Français.

Eh non! Au lieu de développer sa propre expertise et de les traiter chez lui, l’Ontario a décidé de trimballer ses résidus sur 12 000 kilomètres. Déjà, c’est aberrant! Plus que cela, il passera par le jardin de ses voisins en flottant sur les eaux potables de 40 millions de personnes. Quelqu’un est tombé sur la tête?

«Il n’y a pas de danger», nous dit le sémillant ministre du patronage du Canada au Québec, Christian Paradis. Et il n’y a personne de plus rassuré que lui! Et pour cause, c’est Bruce Power elle-même, la compagnie qui transbahute les déchets, qui le lui a dit! Y a-t-il plus fiable que la compagnie? Voyons donc!

Les maires des agglomérations riveraines se mobilisent. Les groupes écologistes également. Et les citoyens seront au rendez-vous. Un formidable barrage humain se construit pour endiguer la volonté de faire l’impensable au risque de causer l’irréparable. Le Québec n’est pas une poubelle. Et le Saint-Laurent n’est pas un égout à ciel ouvert pour liquider les merdes irradiées des autres. Jamais le moindre risque de contamination nucléaire ne doit être pris. Surtout pas par d’autres sur notre propre territoire.

Pouvons-nous compter sur le gouvernement du Québec? Non. Il n’y a plus de gouvernement à Québec. La preuve? Son ineffable ministre de l’Environnement, sur cette question, ne veut surtout pas de «chicane». «Nous allons discuter avec le fédéral dans le respect des institutions canadiennes.» Or, en cette matière, les «institutions canadiennes» stipulent que ce n’est pas le Québec qui décide de l’usage de ses cours d’eau et de ses plans d’eau, c’est le Canada.

Et le Canada a décidé que le fleuve Saint-Laurent du Québec serait une autoroute pour le nucléaire. Cela vient avec le statut de province. Le gouvernement Charest sait cela. En bon fédéraliste, il accepte cela.

Pourquoi l’Ontario ne passe-t-il pas par la terre ferme? De ses Grands Lacs jusqu’à la côte Est en passant par les États-Unis? C’est plein de voies ferrées et d’autoroutes. C’est autrement moins compliqué. Pourquoi donc? Parce que les États-Unis s’y opposent et que leur statut de pays souverain leur permet de dire non sans que le Canada n’y puisse rien.

Pourquoi passe-t-il par le Québec, voie beaucoup plus longue et compliquée, voie aux conséquences plus dévastatrices que celles de l’explosion de la BP dans le Golfe du Mexique en cas d’accident? Parce que le Québec est une province et que, comme province, il n’a pas le choix de subir la décision de ceux qui le dominent et de vivre avec les dangers qu’ils lui font courir. C’est cela, la dépendance.

Le Québec serait un pays, l’Ontario n’aurait même pas songé à passer par chez lui et il serait déjà à développer son expertise. Mais le Québec est une province. On peut lui passer sur le corps.

Nous forcer à nous lire à travers les autres

Mardi 8 février 2011
Le 1er février 2011, la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) s’est présentée en commission parlementaire pour s’opposer aux dispositions anti-briseurs de grève du Code du travail du Québec. Classique. Aucune surprise. Et c’est son droit. Les arguments par contre, une imposture! Et la méthode, une entreprise d’intoxication politique.

Il faut lire ce mémoire. Un condensé de mensonges. Les dispositions anti-briseurs de grève seraient une catastrophe économique. Une catastrophe économique avec un taux de chômage du Québec à 7,9%, inférieur à celui de ses voisins «non hypothéqués», au dire de la FCCQ, par des dispositions anti-briseurs de grève? L’Ontario est à 8,1%, le Nouveau-Brunswick à 9,1% et les USA à 9%.

Les taux de syndicalisation seraient une entrave à la croissance et à la création de la richesse? Comment se fait-il que l’Ontario, avec un taux de syndicalisation à 31,6%, ait connu, au cours des 10 dernières années, une croissance moyenne de son PIB par habitant de 0,4%, le Québec avec un taux de syndicalisation supérieur de 39,6%, une croissance moyenne de son PIB par habitant de 1,2%, et Terre-Neuve avec un taux de syndicalisation de 39,7%, une croissance moyenne de son PIB par habitant de 3,6%?

La FCCQ a tout faux. Y compris les études qu’elle soumet à notre attention. Elle évoque des études de soi-disant experts dont les calculs remontent à 1966 alors que la loi anti-briseurs de grève du Québec a été adoptée en 1977! Et comme les plus anciens s’en rappellent, la période de 1966 à 1977 au Québec a été celle des conflits les plus longs et les plus difficiles de son histoire qui, précisément, a conduit le gouvernement de René Lévesque à bannir l’utilisation des fiers-à-bras dans la résolution des conflits de travail. Résultat : dès son adoption, la durée moyenne des conflits, qui était de 171 jours, est tombée à 36 jours. Et la violence a pratiquement disparu.

Le plus vicieux dans la méthode de la FCCQ, c’est que son texte ne contient aucune référence québécoise, d’aucun chercheur québécois, d’aucune institution québécoise, d’aucune école de relations industrielles québécoise (Laval, Montréal et McGill étant pourtant très bien cotées au niveau international), ni d’aucune revue scientifique québécoise.

La FCCQ a fait appel exclusivement à des auteurs et des études d’institutions canadiennes de l’Ouest. Notamment le Fraser Institute qui ne connaît rien de la réalité québécoise, encore moins de l’économie générale des relations de travail. Ce qui intéresse la FCCQ n’est pas tant le réel concret que l’idéologie.

Et il est vrai que l’idéologie de droite pousse plutôt bien dans les terres de l’Ouest. Ce faisant, cependant, la FCCQ occulte l’existence de la véritable compétence scientifique en matière de relations de travail, qui est québécoise, pour nous forcer à nous lire à travers les autres, qu’elle présente comme des spécialistes et qui s’avèrent être des fumistes et des idéologues.

La méthode est connue : nous lire à travers les autres en niant notre propre compétence à nous lire nous-mêmes avec notre propre originalité. Les référents qu’ils nous martèlent sont invariablement canadiens. Leur entreprise vise à nous formater le cerveau pour qu’il nous soit difficile de réfléchir, de créer et d’entreprendre à partir de notre propre réel. Ce faisant, ils espèrent que nous renoncerons à nous projeter en avant et sur le monde pour exister vraiment et rayonner. C’est une pratique d’intoxication politique qu’il nous faut dénoncer.