Archives pour décembre 2008

Le « nouveau Charest » et la désaffection civique

Jeudi 11 décembre 2008

Par Gérald Larose

Président du Conseil de la souveraineté du Québec

Une courte majorité. Mais une épaisse couche de cynisme. De toute son existence, le Québec n’aura jamais si peu voté. Jean Charest se maintient au pouvoir avec l’appui de moins de 25% des électeurs. Le pire score de toute l’Amérique du Nord. Pire que celui des Américains ! Un record de désaffection civique. Une magistrale régression démocratique.

Comment en sommes-nous venus là ? Une addition de facteurs. D’abord, la répétition abusive du processus. Usant ! Aussi l’instrumentalisation strictement partisane de l’exercice à la seule fin d’incruster son pouvoir. Dégradant. Tertio. Le formatage du message comme des publicités répétées. Abrutissant ! Quarto. Le tout sur fond de combat de coqs. Abêtissant ! Plus grave encore, des politiciens savaient qu’ils allaient trouver leur compte dans la dépolitisation du processus démocratique. Navrant ! J’ai nommé Jean Charest.

Cette élection n’avait pas lieu d’être. Le peuple le savait. Il l’a dit. On s’est foutu de sa gueule. Il s’est foutu de la gueule des politiciens. On lui a dit qu’il y avait une récession MONDIALE et qu’une tempête terrible allait s’abattre. Aucun plan, aucun chiffre. Plutôt des millions et des milliards. Et, dans un type d’État sans grands pouvoirs, ni ressources significatives, ni accès aux forums où s’élaborent les solutions durables. Quand c’est MONDIAL, ce n’est pas provincial; ça regarde Ottawa. Quand c’est l’économie, ce ne sont pas les services; ça le regarde aussi. D’ailleurs, en pleine campagne électorale québécoise, les manifestants interpellaient Harper, pas Charest. D’autant plus que lui-même s’échinait à ignorer le seul instrument de développement économique qu’il avait à sa portée, la Caisse de dépôt et placement, dont il ne voulait, pour rien au monde, entendre parler. Alors l’économie ? C’était pour faire semblant ! Le peuple l’a vite su. Il a haussé les épaules et détourné la tête.

Mais il y avait aussi un « nouveau Charest », lui a-t-on dit. Packagé et vendu comme un nouveau produit « plus authentique », « moins arrogant », « rassembleur ». Résultat de travaux de focus groups et de données de sondages, le nouveau « produit Charest » fut mis en marché comme le sont les nouvelles savonnettes, dans des contextes parfaitement contrôlés. Sans retour. Sans débat. Le message s’adressait aux consommateurs. Les citoyens, eux, sont restés chez eux.

Et ce produit était maintenant québécois ! Il a planté Harper (oui, délicatement !). Il a défendu le Bloc (oui, avec hésitations). Il a fait appel aux votes souverainistes (oui, en se pinçant les lèvres). Et maintenant il rêve d’une « stature » internationale pour le Québec (oui, pour faire oublier que la question de son statut en est la condition première !). Il a parlé avec monsieur Sarkozy (oui, entre deux avions). Etc.

« Il y a bel et bien une « révolution Charest » », nous affirme Patrice Servant, son principal rédacteur de discours, dans La Presse du 11 décembre dernier, en nous assurant qu’il est maintenant « pleinement et en son âme et conscience, premier ministre du Québec ». Ah oui ! Et non plus « Captain Canada » ? Qui l’a cru ? Il est vrai que le Québec est habitué aux belles phrases. Elles jalonnent son histoire. Même monsieur Harper, naguère, en a eu des jolies à son endroit. Y aurait-il des surprises à en entendre de la bouche de monsieur Charest ? Peut-être pas. Est-ce suffisant pour aller voter ? Assurément non.

N’aide pas, la dérive médiatique de plus en plus prononcée à couvrir les campagnes électorales davantage comme des combats de coqs que comme des choix de société à débattre et à faire. On nous dit tout des politiciens. Très peu des politiques. Tout des coulisses. Très peu des enjeux. Nous sommes au spectacle ! La presse elle-même y détenant un grand rôle avec ses unes et ses scoops pas toujours dépourvus d’intérêt, y compris pécuniaires. Et nous ? Toujours consommateurs. Très peu citoyens.

La démocratie est une construction permanente. Le processus électoral en est une modalité délicate. Cette fois-ci, au Québec en décembre comme au Canada en octobre, elle a été détournée de sa finalité par opportunisme, électoralisme et partisannerie crasse. Résultats ? Abstentionnisme record, cynisme et dépolitisation qui sont de puissants ingrédients d’une démocratie musclée ou d’une gouvernance autoritaire. En 2008, il devrait être permis de rêver à des objectifs autres que ceux de battre les records de Maurice Duplessis ?

«La baloune a pété», m’a confié mon voisin

Jeudi 4 décembre 2008

Par Gérald Larose, président

Qu’ils sont beaux à voir tous vociférant, hurlant, applaudissant et dégobillant sur les odieux Québécois « séparatistes ». Les mêmes si sirupeux à les flatter dans le sens du poil pour gagner leur vote en campagne électorale. « La baloune a pété », m’a confié mon voisin qui s’était laissé convaincre de leur donner une chance. « Heureusement qu’ils sont restés minoritaires. Je ne pensais pas qu’ils étaient de même. On en aurait mangé toute une! »

Idem au Québec. Charest majoritaire? On connaît : Suroît, écoles juives, Mont Orford, interdiction de syndicalisation des femmes dans le secteur de la garde à domicile, etc. Minoritaire? Il est devenu tout doux, à l’écoute, moins brusque, mais servant toujours les mêmes intérêts fédéralistes et les mêmes intérêts d’argent.

Un « pensez-y bien » avant de voter libéral. Charest et Harper : même farine. Ils n’avaient pas besoin de déclencher les élections. Ils l’ont fait par opportunisme. Tous les deux ont tenu des discours auxquels ils ne croyaient même pas. Par pur électoralisme. Ils ont abondamment abusé de la bonne foi des électeurs et des électrices. Par pur cynisme. Résultat net? Ils ont sévèrement amoché la qualité de notre vie démocratique. Malheureusement, un taux anormalement faible du vote le confirmera au Québec comme il en fut au Canada. Faudrait-il qu’ils en soient récompensés pour autant? Souhaitons que non.