Archives pour mars 2010

Les résistants. Si le chapeau qu’ils ont cru voir leur fait, qu’ils le mettent!

Mercredi 24 mars 2010

Des cris de putois! Il fallait entendre ces ministres conservateurs Cannon et Paradis se dire visés par les propos de Gilles Duceppe qui, samedi dernier, rappelant la mémoire du très grand écrivain Pierre Vadeboncoeur, décédé récemment, reprenait de son dernier écrit une citation qui identifiait le parcours historique du peuple québécois à de la résistance. Ces Canadiens français de service, en ténors fédéralistes, se sont devinés dans la peau des collabos! La belle affaire! Peut-être se sentent-ils coupables? Si le chapeau qu’ils ont cru voir leur fait, qu’ils le mettent!

Oui, le peuple québécois est résistant. Toute son histoire en témoigne. Lisons Vadeboncoeur dans son dernier écrit, «Résistance et refus» paru dans la revue L’Action nationale, vol. C, no 2, de février 2010.

Les Québécois tendent depuis longtemps à s’évader du modèle politique qui prévalait en Grande-Bretagne… Sur un siècle, nous avons manifesté de manière soutenue une tendance à nous écarter de la normalité constitutionnelle… Voici quelques jalons. Ils forment un chapelet de paradoxes, du point de vue du ROC. Henri Bourassa contre Laurier, en 1910. L’Action libérale nationale, dans les années trente, contre le libéral Taschereau et les partis traditionnels. Le Bloc populaire, dans les années quarante, contre le gouvernement libéral de Mackenzie King et contre la conscription. Le séparatisme de Chaput et de Barbeau, suivi de tout le mouvement indépendantiste, qui dure depuis. En 1968, René Lévesque et le mouvement souveraineté-association. Le Parti québécois, porté au pouvoir le 15 novembre 1976. Enfin le Bloc, au fédéral, par la suite.

C’est une constante historique. Il faut en faire ressortir la logique, qui est celle de la résistance… Tel est le sens d’une histoire qui au fond ne cesse de tendre vers l’indépendance, consciemment ou non et qui, en tout cas, se caractérise par le refus.

Plus loin, Pierre Vadeboncoeur ajoute:

Qu’est-ce que je viens de montrer? Un pan d’histoire, la nôtre. À travers les obstacles, une persistance, une logique profonde, une mémoire qui n’oublie pas, une volonté trop patiente, appuyée sur une conscience diffuse mais tenace.

Nous n’avons pas dit notre dernier mot.

C’est un appel à terminer le boulot, «à faire l’histoire», dit-il.

Car notre défaite définitive historique est une possibilité, elle peut finir par arriver un jour.

Avec la complicité de ces fédéralistes francophones (qui) ne semblent pas se rendre compte qu’ils sont les instruments d’un génocide tranquille. La politique fédéraliste conduit à ce résultat. Système feutré, très anglais par sa prudence.

Le constat est implacable. De 90% au début du 18e, nous étions 60% au début du 19e, 35% au début du 20e et seulement 22% au début du 21e. La disparition du français fait partie de l’ADN du Canada. Mais avant, il y aura sa folklorisation comme à l’ouverture des Jeux olympiques, puis sa louisianisation et enfin ses empreintes patrimoniales notamment dans la toponymie, comme Détroit, Des Moines, Terre Haute, etc. aux États-Unis. En douce, sans heurt, tranquillement, passivement, avec accommodements, le français s’effacera. À moins que…

Oui, le peuple québécois est résistant. Mais pour survivre, vivre et rayonner, ce trait n’est pas une garantie. Il lui faut aussi se faire combattant. Ce qu’il est, mais pas suffisamment. Et sur sa route, il rencontre des siens qui s’objectent, démocratiquement. C’est leur choix. C’est leur droit. Le moins que l’on puisse leur demander, c’est d’assumer!

De l’importance des symboles

Mardi 2 mars 2010

Les Jeux sont finis. La marée rouge aussi. Un étalage orgiaque qui a surpris même les Européens. Eux qui croyaient les Canadiens plus sobres à ce chapitre. C’était oublier que ce type d’évènement repose essentiellement sur le culte des nations et qu’en plus le Canada est en quête de nation. Déjà les nations bien établies qui organisent les jeux en font beaucoup. Il n’y a pas de surprise à constater qu’une nation qui essaie de se construire (canadian nation building) en fasse énormément. Sans arrêt, pendant quinze jours.

Un coup d’œil sur les télévisions étrangères nous apprend que la couverture des Jeux ne se fait qu’à l’aulne du succès des athlètes de chacun des pays. Les États-Unis parlent des athlètes états-uniens. La France, des athlètes français. La Norvège, des athlètes norvégiens. Etc. Et à chaque fois est hissé le drapeau, chanté l’hymne national et sont exhibées les couleurs du pays au tableau des médailles. Un sentiment de fierté couvre le visage des champions et amplifie la voix des commentateurs. Les spectateurs du pays concerné, gonflés à bloc, communient littéralement à l’évènement. Les symboles ne sont pas « symboliques ». Ils agissent. Ils ont pour objectifs de faire les individus se rassembler, de leur permettre de se nommer collectivement et de proposer leur collectif à la reconnaissance de tous les autres collectifs. Ces symboles ont pour mission de faire nation.

Inversement, l’absence de ces symboles vise à empêcher les individus de se rassembler dans un collectif autre, de se nommer et d’être reconnus comme collectif distinct. L’interdiction de ces symboles vise à défaire nation. C’est ce qui explique la féroce objection du Canada à permettre aux médaillés québécois d’arborer le drapeau québécois lors de leurs performances. C’est ce qui explique aussi l’acharnement qu’il a mis à bannir le drapeau du Québec des fêtes du 400e et de remplacer sa couleur bleue par celle orangée de Canadian Tire.

Les symboles sont importants. Et lorsque le Québec sera indépendant, comme toutes les nations, il les mettra en évidence. Sans tomber, nous en sommes convaincus, dans l’intoxication et la propagande puisque déjà Québec, lui, forme nation.