La dépendance nous fait aussi courir des risques nucléaires

L’Ontario a fait le choix du nucléaire depuis des lustres. Choix qui s’est avéré couteux, toujours plus couteux. Choix qui produit des résidus radioactifs hyper toxiques et toujours plus de résidus. C’était connu. C’était son choix. Le minimum qu’on lui demande c’est de vivre avec son choix. Avec la totalité de son choix. Et donc de traiter lui-même chez lui ses résidus. «À chacun ses merdes», disent les Français.

Eh non! Au lieu de développer sa propre expertise et de les traiter chez lui, l’Ontario a décidé de trimballer ses résidus sur 12 000 kilomètres. Déjà, c’est aberrant! Plus que cela, il passera par le jardin de ses voisins en flottant sur les eaux potables de 40 millions de personnes. Quelqu’un est tombé sur la tête?

«Il n’y a pas de danger», nous dit le sémillant ministre du patronage du Canada au Québec, Christian Paradis. Et il n’y a personne de plus rassuré que lui! Et pour cause, c’est Bruce Power elle-même, la compagnie qui transbahute les déchets, qui le lui a dit! Y a-t-il plus fiable que la compagnie? Voyons donc!

Les maires des agglomérations riveraines se mobilisent. Les groupes écologistes également. Et les citoyens seront au rendez-vous. Un formidable barrage humain se construit pour endiguer la volonté de faire l’impensable au risque de causer l’irréparable. Le Québec n’est pas une poubelle. Et le Saint-Laurent n’est pas un égout à ciel ouvert pour liquider les merdes irradiées des autres. Jamais le moindre risque de contamination nucléaire ne doit être pris. Surtout pas par d’autres sur notre propre territoire.

Pouvons-nous compter sur le gouvernement du Québec? Non. Il n’y a plus de gouvernement à Québec. La preuve? Son ineffable ministre de l’Environnement, sur cette question, ne veut surtout pas de «chicane». «Nous allons discuter avec le fédéral dans le respect des institutions canadiennes.» Or, en cette matière, les «institutions canadiennes» stipulent que ce n’est pas le Québec qui décide de l’usage de ses cours d’eau et de ses plans d’eau, c’est le Canada.

Et le Canada a décidé que le fleuve Saint-Laurent du Québec serait une autoroute pour le nucléaire. Cela vient avec le statut de province. Le gouvernement Charest sait cela. En bon fédéraliste, il accepte cela.

Pourquoi l’Ontario ne passe-t-il pas par la terre ferme? De ses Grands Lacs jusqu’à la côte Est en passant par les États-Unis? C’est plein de voies ferrées et d’autoroutes. C’est autrement moins compliqué. Pourquoi donc? Parce que les États-Unis s’y opposent et que leur statut de pays souverain leur permet de dire non sans que le Canada n’y puisse rien.

Pourquoi passe-t-il par le Québec, voie beaucoup plus longue et compliquée, voie aux conséquences plus dévastatrices que celles de l’explosion de la BP dans le Golfe du Mexique en cas d’accident? Parce que le Québec est une province et que, comme province, il n’a pas le choix de subir la décision de ceux qui le dominent et de vivre avec les dangers qu’ils lui font courir. C’est cela, la dépendance.

Le Québec serait un pays, l’Ontario n’aurait même pas songé à passer par chez lui et il serait déjà à développer son expertise. Mais le Québec est une province. On peut lui passer sur le corps.

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