Nous forcer à nous lire à travers les autres

Le 1er février 2011, la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) s’est présentée en commission parlementaire pour s’opposer aux dispositions anti-briseurs de grève du Code du travail du Québec. Classique. Aucune surprise. Et c’est son droit. Les arguments par contre, une imposture! Et la méthode, une entreprise d’intoxication politique.

Il faut lire ce mémoire. Un condensé de mensonges. Les dispositions anti-briseurs de grève seraient une catastrophe économique. Une catastrophe économique avec un taux de chômage du Québec à 7,9%, inférieur à celui de ses voisins «non hypothéqués», au dire de la FCCQ, par des dispositions anti-briseurs de grève? L’Ontario est à 8,1%, le Nouveau-Brunswick à 9,1% et les USA à 9%.

Les taux de syndicalisation seraient une entrave à la croissance et à la création de la richesse? Comment se fait-il que l’Ontario, avec un taux de syndicalisation à 31,6%, ait connu, au cours des 10 dernières années, une croissance moyenne de son PIB par habitant de 0,4%, le Québec avec un taux de syndicalisation supérieur de 39,6%, une croissance moyenne de son PIB par habitant de 1,2%, et Terre-Neuve avec un taux de syndicalisation de 39,7%, une croissance moyenne de son PIB par habitant de 3,6%?

La FCCQ a tout faux. Y compris les études qu’elle soumet à notre attention. Elle évoque des études de soi-disant experts dont les calculs remontent à 1966 alors que la loi anti-briseurs de grève du Québec a été adoptée en 1977! Et comme les plus anciens s’en rappellent, la période de 1966 à 1977 au Québec a été celle des conflits les plus longs et les plus difficiles de son histoire qui, précisément, a conduit le gouvernement de René Lévesque à bannir l’utilisation des fiers-à-bras dans la résolution des conflits de travail. Résultat : dès son adoption, la durée moyenne des conflits, qui était de 171 jours, est tombée à 36 jours. Et la violence a pratiquement disparu.

Le plus vicieux dans la méthode de la FCCQ, c’est que son texte ne contient aucune référence québécoise, d’aucun chercheur québécois, d’aucune institution québécoise, d’aucune école de relations industrielles québécoise (Laval, Montréal et McGill étant pourtant très bien cotées au niveau international), ni d’aucune revue scientifique québécoise.

La FCCQ a fait appel exclusivement à des auteurs et des études d’institutions canadiennes de l’Ouest. Notamment le Fraser Institute qui ne connaît rien de la réalité québécoise, encore moins de l’économie générale des relations de travail. Ce qui intéresse la FCCQ n’est pas tant le réel concret que l’idéologie.

Et il est vrai que l’idéologie de droite pousse plutôt bien dans les terres de l’Ouest. Ce faisant, cependant, la FCCQ occulte l’existence de la véritable compétence scientifique en matière de relations de travail, qui est québécoise, pour nous forcer à nous lire à travers les autres, qu’elle présente comme des spécialistes et qui s’avèrent être des fumistes et des idéologues.

La méthode est connue : nous lire à travers les autres en niant notre propre compétence à nous lire nous-mêmes avec notre propre originalité. Les référents qu’ils nous martèlent sont invariablement canadiens. Leur entreprise vise à nous formater le cerveau pour qu’il nous soit difficile de réfléchir, de créer et d’entreprendre à partir de notre propre réel. Ce faisant, ils espèrent que nous renoncerons à nous projeter en avant et sur le monde pour exister vraiment et rayonner. C’est une pratique d’intoxication politique qu’il nous faut dénoncer.

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