Des fédéralistes ont honte de leur constitution

9 septembre 2010

«Il ne faudrait pas invoquer la clause dérogatoire parce que ça nuirait à la réputation internationale du Québec», dixit la ministre St-Pierre, responsable de la politique linguistique du Québec. Ah bon! La constitution canadienne a ses parties honteuses? Elle contient des clauses qui ne sont pas montrables? S’en prévaloir risque d’emporter votre réputation? Que font-elles alors dans une constitution? Surtout dans celle du «plus-meilleur» Canada?

Il faudrait peut-être rappeler que dans le coup fourré des fédéralistes de 1982, pour obtenir l’assentiment de toutes les provinces anglaises dans le but de spolier le Québec de ses responsabilités exclusives en matière d’éducation et de le punir d’avoir adopté la Charte de la langue française, c’est l’Alberta qui, pour se protéger des effets de l’application de la nouvelle charte, a demandé et obtenu l’introduction d’une clause dérogatoire dans la constitution canadienne. Le Québec n’a rien demandé. Il n’a rien signé. Et aucun gouvernement tant fédéraliste que souverainiste ne l’a fait par la suite. Au final, cette clause, cette charte, cette constitutution est LEUR clause, LEUR charte, LEUR constitution. S’ils en ont honte qu’ils la changent. Mais ils ne le feront pas, parce que LEUR clause, LEUR charte et LEUR constitution sont inamendables.

Mais matière à honte il y a tout de même! Honte à voir les genoux et les coudes écorchés d’une ministre du Québec qui rampe devant la Cour suprême du Canada. Elle est fédéraliste? Ce n’est pas une excuse. Honte à constater que son gouvernement, loin de poursuivre le combat historique pour le français mené par le seul État de langue française en Amérique, veut, par le projet de loi 103, signer sa reddition. Il est fédéraliste? Ce n’est pas une excuse. Honte à constater qu’en fin de bail, le Parti Libéral de Québec de Jean Charest distribue les meubles, saccage les appartements et dynamite les fondations. Il est fédéraliste? Aucun gouvernement fédéraliste ne s’est livré à semblable carnage dans le passé.

Au loin on entend un grand vent se lever pour chasser nos hontes, restaurer notre dignité et nous donner notre liberté.

par Gérald Larose

Ils ne pourront plus dire n’importe quoi

23 juillet 2010

Le 17 février 2008, unilatéralement, le Kosovo déclarait son indépendance. En octobre 2008, la Serbie, dont le Kosovo était une province, obtenait de l’Assemblée générale des Nations unies la permission d’aller demander à la Cour Internationale de Justice (CIJ) de La Haye si cette indépendance unilatérale était légale au regard du droit international. La réponse est venue le 22 juillet dernier : OUI. Il y a des marchands de peur au Canada qui ne pourront plus dire n’importe quoi.

Les fédéralistes canadiens nous ont habitués à des discours alambiqués visant tantôt à dresser des obstacles insurmontables, tantôt à compliquer les processus, tantôt à faire peur à la population. Régulièrement ils agitaient la jurisprudence internationale. Pour la première fois, le principal lieu de production de la jurisprudence internationale qu’est la Cour internationale de justice des Nations unies se prononce sur ce type de question et elle le fait en invalidant clairement des pans entiers du discours des opposants fédéralistes à l’indépendance du Québec.

Trois exemples : Pour la CIJ, en droit international, premièrement il n’y a pas de prohibition à une déclaration unilatérale d’indépendance; deuxièmement, le contenu de la constitution de l’État prédécesseur n’est pas un empêchement à l’accession d’un peuple à son indépendance; troisièmement, même le principe d’intégrité territoriale de l’État prédécesseur ne peut être invoqué à l’encontre d’une sécession, particulièrement si celle-ci a lieu suivant un processus démocratique.

Le jugement est étoffé. Plusieurs autres aspects qui y sont développés sont intéressants. Retenons que la jurisprudence de la CIJ donne du corps à l’exercice du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce sur quoi le Québec pourra compter quand il prendra sa décision.

Le jugement confirme qu’il sera le seul à prendre sa décision, le seul et le dernier. Le Canada n’aura pas à la réviser. Ce qui ouvre un dialogue d’égal à égal du Québec avec le Canada comme avec tous les pays du monde. En rappelant que devenu indépendant, sur 194 pays existants, le Québec sera le 16e plus grand territoire, le 18e plus haut revenu per capita, la 22e plus grande économie et le 63e plus populeux. Et, ce qui change tout, dans une dynamique d’autoconstruction. « Quelque chose comme un grand peuple », a dit quelqu’un?

La langue, une impression de déjà vu !

12 avril 2010

Dans La Presse du samedi 10 avril 2010, côte à côte, un éditorial d’André Pratte et la réflexion d’un dénommé Travis Bickle m’ont ramené aux années 70. Comme si, depuis, rien ne s’était passé. Les mêmes trucages. Le même mépris. Et les mêmes acteurs.

Les mêmes trucages. Ai-je été distrait? Je ne crois pas avoir vu un reportage dans La Presse synthétisant, avec les chiffres, l’étude du député Pierre Curzi. Mais j’y ai lu au moins trois commentateurs la discréditant: Michèle Ouimet, Alain Dubuc et André Pratte. Ce dernier propose 1941 comme période de référence! Entre1941 et 2006, «pas de changement significatif». Ainsi donc, nous en serions toujours à 1941. Pourquoi 1941? Vraisemblablement pour noyer l’impact de la loi 101 qui, pendant quelques années, a fait progresser le français comme langue d’attraction mais qui, érodée à 200 reprises par les décisions de la Cour suprême du Canada, n’arrive plus à exercer le même attrait, particulièrement depuis 2001. C’est ce que démontre l’étude de Pierre Curzi.

Le même mépris. Alain Dubuc parle des «névrosés» de la langue. Michèle Ouimet, de «fond de commerce». Le comble vient du dénommé Travis Bickel dont le responsable des pages Forum de La Presse, André Pratte, publie la contribution. Une pièce d’anthologie, reprenant un à un les arguments que les suprémacistes anglo-saxons de l’âge d’or du colonialisme canadian sur le Québec ont servis continuellement jusqu’au milieu des années 70.

En effet, pour eux, si au Québec l’anglais était la langue des affaires, de l’administration, du commerce, des rapports sociaux et des rapports politiques et s’ils n’avaient pas, au cours de ces siècles, appris un traître mot de français, ce n’était surtout pas parce qu’ils étaient les vainqueurs, les exploiteurs et les dominants, mais bien parce que les frenchies parlaient, comme le dit Bickle, un «français… de qualité inacceptable… une langue régionale, locale même», qu’à l’époque ils nommaient «french patois». Il aurait suffi que nous parlions le français de France et, tous, ils s’y seraient mis! C’est certain! Donc, c’était notre faute!

Les mêmes acteurs. Power Corporation, aujourd’hui Gesca, tient encore le rôle d’opposant. Contre le projet de loi 101, il était aux avant-postes. Avec le Conseil du patronat, le monde des affaires et l’élite anglophone, il a livré une bataille titanesque qui n’a pas eu raison de l’entêtement du psychiatre Camille Laurin, qui, s’appuyant sur le mouvement social, ne s’est pas laissé intimider.

Et, à nouveau aujourd’hui, le mouvement social est au rendez-vous. En effet, hier, dimanche, le Monument national n’était pas assez grand pour accueillir tous ceux et celles qui voulaient participer au Grand rassemblement convoqué par une coalition de 25 organisations. Le 22 octobre 2009, la Cour suprême du Canada sévissait encore une fois. Elle a invalidé la loi 104 adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale du Québec pour interdire l’achat du droit constitutionnel de faire éduquer ses enfants dans le réseau public anglais en payant un séjour dans une école privée non subventionnée, dite «école passerelle».

Mêmes acteurs? Mais quand verrons-nous un autre film?

Les résistants. Si le chapeau qu’ils ont cru voir leur fait, qu’ils le mettent!

24 mars 2010

Des cris de putois! Il fallait entendre ces ministres conservateurs Cannon et Paradis se dire visés par les propos de Gilles Duceppe qui, samedi dernier, rappelant la mémoire du très grand écrivain Pierre Vadeboncoeur, décédé récemment, reprenait de son dernier écrit une citation qui identifiait le parcours historique du peuple québécois à de la résistance. Ces Canadiens français de service, en ténors fédéralistes, se sont devinés dans la peau des collabos! La belle affaire! Peut-être se sentent-ils coupables? Si le chapeau qu’ils ont cru voir leur fait, qu’ils le mettent!

Oui, le peuple québécois est résistant. Toute son histoire en témoigne. Lisons Vadeboncoeur dans son dernier écrit, «Résistance et refus» paru dans la revue L’Action nationale, vol. C, no 2, de février 2010.

Les Québécois tendent depuis longtemps à s’évader du modèle politique qui prévalait en Grande-Bretagne… Sur un siècle, nous avons manifesté de manière soutenue une tendance à nous écarter de la normalité constitutionnelle… Voici quelques jalons. Ils forment un chapelet de paradoxes, du point de vue du ROC. Henri Bourassa contre Laurier, en 1910. L’Action libérale nationale, dans les années trente, contre le libéral Taschereau et les partis traditionnels. Le Bloc populaire, dans les années quarante, contre le gouvernement libéral de Mackenzie King et contre la conscription. Le séparatisme de Chaput et de Barbeau, suivi de tout le mouvement indépendantiste, qui dure depuis. En 1968, René Lévesque et le mouvement souveraineté-association. Le Parti québécois, porté au pouvoir le 15 novembre 1976. Enfin le Bloc, au fédéral, par la suite.

C’est une constante historique. Il faut en faire ressortir la logique, qui est celle de la résistance… Tel est le sens d’une histoire qui au fond ne cesse de tendre vers l’indépendance, consciemment ou non et qui, en tout cas, se caractérise par le refus.

Plus loin, Pierre Vadeboncoeur ajoute:

Qu’est-ce que je viens de montrer? Un pan d’histoire, la nôtre. À travers les obstacles, une persistance, une logique profonde, une mémoire qui n’oublie pas, une volonté trop patiente, appuyée sur une conscience diffuse mais tenace.

Nous n’avons pas dit notre dernier mot.

C’est un appel à terminer le boulot, «à faire l’histoire», dit-il.

Car notre défaite définitive historique est une possibilité, elle peut finir par arriver un jour.

Avec la complicité de ces fédéralistes francophones (qui) ne semblent pas se rendre compte qu’ils sont les instruments d’un génocide tranquille. La politique fédéraliste conduit à ce résultat. Système feutré, très anglais par sa prudence.

Le constat est implacable. De 90% au début du 18e, nous étions 60% au début du 19e, 35% au début du 20e et seulement 22% au début du 21e. La disparition du français fait partie de l’ADN du Canada. Mais avant, il y aura sa folklorisation comme à l’ouverture des Jeux olympiques, puis sa louisianisation et enfin ses empreintes patrimoniales notamment dans la toponymie, comme Détroit, Des Moines, Terre Haute, etc. aux États-Unis. En douce, sans heurt, tranquillement, passivement, avec accommodements, le français s’effacera. À moins que…

Oui, le peuple québécois est résistant. Mais pour survivre, vivre et rayonner, ce trait n’est pas une garantie. Il lui faut aussi se faire combattant. Ce qu’il est, mais pas suffisamment. Et sur sa route, il rencontre des siens qui s’objectent, démocratiquement. C’est leur choix. C’est leur droit. Le moins que l’on puisse leur demander, c’est d’assumer!

De l’importance des symboles

2 mars 2010

Les Jeux sont finis. La marée rouge aussi. Un étalage orgiaque qui a surpris même les Européens. Eux qui croyaient les Canadiens plus sobres à ce chapitre. C’était oublier que ce type d’évènement repose essentiellement sur le culte des nations et qu’en plus le Canada est en quête de nation. Déjà les nations bien établies qui organisent les jeux en font beaucoup. Il n’y a pas de surprise à constater qu’une nation qui essaie de se construire (canadian nation building) en fasse énormément. Sans arrêt, pendant quinze jours.

Un coup d’œil sur les télévisions étrangères nous apprend que la couverture des Jeux ne se fait qu’à l’aulne du succès des athlètes de chacun des pays. Les États-Unis parlent des athlètes états-uniens. La France, des athlètes français. La Norvège, des athlètes norvégiens. Etc. Et à chaque fois est hissé le drapeau, chanté l’hymne national et sont exhibées les couleurs du pays au tableau des médailles. Un sentiment de fierté couvre le visage des champions et amplifie la voix des commentateurs. Les spectateurs du pays concerné, gonflés à bloc, communient littéralement à l’évènement. Les symboles ne sont pas « symboliques ». Ils agissent. Ils ont pour objectifs de faire les individus se rassembler, de leur permettre de se nommer collectivement et de proposer leur collectif à la reconnaissance de tous les autres collectifs. Ces symboles ont pour mission de faire nation.

Inversement, l’absence de ces symboles vise à empêcher les individus de se rassembler dans un collectif autre, de se nommer et d’être reconnus comme collectif distinct. L’interdiction de ces symboles vise à défaire nation. C’est ce qui explique la féroce objection du Canada à permettre aux médaillés québécois d’arborer le drapeau québécois lors de leurs performances. C’est ce qui explique aussi l’acharnement qu’il a mis à bannir le drapeau du Québec des fêtes du 400e et de remplacer sa couleur bleue par celle orangée de Canadian Tire.

Les symboles sont importants. Et lorsque le Québec sera indépendant, comme toutes les nations, il les mettra en évidence. Sans tomber, nous en sommes convaincus, dans l’intoxication et la propagande puisque déjà Québec, lui, forme nation.

Le français aux Jeux olympiques. Canada fumiste.

15 février 2010

Le Canada, pays bilingue! Fumisterie. Depuis toujours d’ailleurs. À cinq reprises, dans l’histoire de ce pays, le français fut banni. Faute d’avoir réussi à le faire disparaître, ils le portent maintenant dans les grandes occasions comme un coquelicot, sobrement. Dans sa longue allocution d’ouverture, monsieur John Furlong, président du comité organisateur des Jeux olympiques de Vancouver, a prononcé onze mots en français. Je les ai comptés. Dans leurs très officielles interventions, Jacques Rogue, président du comité international, et Michaëlle Jean, représentante de la reine, en ont dit autant en français qu’en anglais. Et un artiste, Garou, a livré une prestation en français. Total : dans une célébration qui a couru sur près de quatre heures il n’y a pas eu cinq minutes de français.

Faut-il se surprendre? Pas du tout. En dehors du Québec, le français se parle dans 2,4% des foyers. Sur bien des territoires, on parle plus chinois, ukrainien, allemand et espagnol que français. La langue d’usage, de citoyenneté et d’identité est l’anglais. Pour ces populations, le français est un héritage historique. Ils lui font un clin d’œil comme ils en font aux langues autochtones. C’est du folklore. Comme l’a bien traduit la cérémonie d’ouverture.

Faut-il s’insurger? Totalement. Contre les fallacieux qui perpétuent le mythe du Canada bilingue. C’est le Québec qui, concrètement, est bilingue (quatre fois plus que le Canada) et même trilingue (neuf fois plus que le Canada). De plus, les autochtones vivant sur le territoire du Québec ont mieux conservé leurs langues et la promeuvent mieux que ceux habitant le Canada. La riche diversité linguistique a un nom et c’est Québec. Pas Canada.

Alors pourquoi se déclarent-ils faussement bilingues? Pour tenter de garder encore longtemps le Québec dans leur giron. À tout le moins aussi longtemps qu’il ne s’apercevra pas qu’il est toujours plus minorisé et qu’à terme il deviendra lui aussi un héritage folklorique.

Canadiens de Montréal. Et en plus c’était illégal!

1 février 2010

Secrétaire d’école, elle avait quelques convictions politiques souverainistes. Au début, elle en recevait quelques fois par année. Puis plus souvent. Et après le référendum de 95, les commandites sévissant, c’était plusieurs fois par mois. Et ça venait de tous les horizons : des ministères, des organismes gouvernementaux et même de la reine d’Angleterre pour son 50e anniversaire de règne. Elle a collectionné pour elle un exemplaire de chaque affiche, cahier, cassette VHS, CD, etc. Total : 21 pieds d’étagères de propagande fédéraliste destinée directement aux enfants.

Une quinzaine de pédagogues, aussi avec des convictions souverainistes, décidèrent bénévolement de produire un guide à l’intention des enseignants qui souhaiteraient diversifier le point de vue fédéraliste. Guide qu’ils pourraient s’acheter en librairie au coût de 10$. Un guide pédagogique nuancé qui présentait aussi l’option de la souveraineté. Titre : Parlons de souveraineté à l’école. Tollé libéral. Tollé médiatique. Un crime de lèse-école. Personne n’a voulu parler de la pénétration systématique de la propagande fédéraliste dans les écoles du Québec.

Février 2009, on apprend que le club des Canadiens de Montréal expédiera directement aux enfants de la troisième à la sixième année des dizaines de plaquettes, fascicules et autre matériel pédagogique. Qu’il le fera même avec la bénédiction de la ministre de l’Éducation du Québec. Plus encore. Non seulement avec sa bénédiction mais aussi avec son pognon (le nôtre) à la hauteur de un quart de million (253 000$ plus précisément). Et le comble, c’est une équipe de Toronto qui sera chargée de la production. Y a-t-il eu tollé libéral? Tollé médiatique?

Samedi dernier, l’excellente équipe du Journal de Montréal en lock-out, Rue Frontenac, qui ne cesse de nous donner des exclusivités, nous apprenait que la production torontoise du club des Canadiens de Montréal destinée aux enfants québécois qui, soit dit en passant, est écrite dans un français laborieux, contrevenait aux dispositions de l’Office de la protection du consommateur relativement à la publicité destinée aux enfants. Il faut rappeler que seul le Québec dispose, depuis plus de 30 ans, d’une semblable protection des enfants en matière de publicité. Toronto ne savait pas!

Le club des Canadiens de Montréal appartient au peuple québécois. Sa direction? Pas sûr! Plutôt colonisée. Comme la ministre peut-être?

Conférence internationale sur Haïti. Québec? Drapeau en berne et État en burqa.

25 janvier 2010

Québec/Haïti, tricotés serré. Depuis longtemps. Plus précisément depuis 1943, quand, arrivés directement à Ottawa, le président d’Haïti, Élie Lescot, et sa délégation s’étaient vu refuser d’être reçus et accueillis par le gouverneur général et le premier ministre du Canada. C’est Adélard Godbout, premier ministre du Québec, qui répara l’affront en les recevant au parlement de Québec. S’en est suivie une multitude d’invitations qui firent se rencontrer des écrivains et des artistes et travailler ensemble des ingénieurs, des professionnels et des mandarins. La suite allait faire du Québec et d’Haïti des frères!

Dès le début des années soixante, ils sont nombreux à faire la Révolution tranquille et à bâtir avec nous l’État moderne du Québec. Depuis, ils ont pénétré tous les secteurs d’activité. Ils sont nos conjoints, nos femmes, nos enfants, nos collègues, nos amis, nos voisins. Ils sont d’ici. Dans une proportion de 90%,ils choisissent le Québec.

Un grand malheur frappe-t-il leur pays d’origine, c’est tout le Québec qui est touché et qui vibre de compassion. Le nombre de spectacles-bénéfices et les sommes recueillies en témoignent éloquemment. Pour surmonter ce même malheur et reconstruire le pays, c’est encore le Québec principalement qui est et sera mis à contribution, celui d’origine haïtienne comme celui des autres origines, dans ses champs de compétences et de responsabilités : santé, services sociaux, éducation, immigration, sécurité, infrastructures, etc. Et c’est normal. Haïti c’est aussi nous.

Le Québec serait souverain qu’il serait, dans le cadre de la conférence internationale qui s’ouvre ce matin à Montréal, l’artisan de la mobilisation de toutes les disponibilités et des volontés internationales de participer à la relance d’Haïti. Il le serait avec l’extraordinaire expertise que ses concitoyens d’origine haïtienne ont développée ici. Il le serait avec toutes les sensibilités que 70 ans de compagnonnage lui ont permis de développer. Il n’en sera pas l’artisan. Il n’est même pas invité à cette conférence. Il y serait qu’il devrait se contenter, comme à Copenhague, d’y jouer les ONG! Volonté du Canada.

Le Canada est souverain. C’est en vertu de ce statut qu’il a convoqué cette conférence internationale. Il la présidera. Mais surtout, et encore une fois, l’expertise québécoise lui servira de marchepied pour hisser très haut son drapeau. Alors qu’au Québec, par la volonté du premier ministre Charest qui a refusé de livrer tout combat pour que Québec y soit, le drapeau sera en berne et l’État en burqa. Inexistant politiquement et étatiquement.

Loi 104 et ADN du Canada

27 octobre 2009
Il n’y aura pas d’appel. Le plus haut tribunal du Canada s’est prononcé. C’est clair et béton. Depuis la constitution de 1982, Québec n’a plus la priorité législative pour garantir la pérennité du français sur son territoire. C’est la loi du Canada qui s’applique. Et celle-ci contredit celle du Québec. L’annule même.

Autant l’unanimité politique s’était exprimée à l’Assemblée nationale dans l’adoption d’une loi éliminant un privilège de riches, autant l’unanimité juridique s’est exprimée à la Cour suprême du Canada pour élever ce privilège au rang d’un droit constitutionnel. Il y a ici deux pays. Un, démocratique, dont les élus portent les intérêts supérieurs de leur peuple. Un, élitiste, dont les juges, nommés par un premier ministre, ont le mandat d’en façonner un autre (nation building). Deux pays, deux philosophies politiques, deux cultures, deux peuples.

Il y a eu 1755, la déportation des Acadiens. Puis 1759, la conquête militaire anglaise. Puis 1840, l’acte d’Union de force du Bas et du Haut Canada. Puis 1867, l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique noyant le Québec dans quatre, puis treize législatures. Puis 1982, nouvelle constitution canadienne, jamais signée par le Québec, réduisant les pouvoirs de la seule Assemblée nationale contrôlée un peuple français d’Amérique du Nord.

Depuis ses origines lointaines, le Canada est fidèle. Ce qu’il n’a pas totalement réussi avec les armes, il a tenté de le compléter avec le pouvoir colonial. Ce qu’il n’a pas totalement réussi avec le pouvoir colonial, il a tenté de le compléter avec une structure fédérale. Ce qu’il n’a pas totalement réussi avec la structure fédérale, il tente aujourd’hui de le compléter avec le pouvoir juridique. Après l’éradication, l’assimilation, puis la marginalisation, aujourd’hui la folklorisation. Les types de pouvoirs n’interfèrent pas. La disparition sociopolitique du français en terre d’Amérique fait partie de l’ADN du Canada. C’est son acte fondateur, son fil conducteur et aujourd’hui son mur de Berlin. Terminus.

La liberté ne s’est jamais laissé emprisonner. Le chemin peut être long et les obstacles peuvent le tracer. C’est le sens de la dernière décision de la Cour suprême du Canada qui indique, noir sur blanc, que la tutelle canadienne est un éteignoir et sa voie, un cul-de-sac. Alors, par où passer? Par là même où la Cour suprême a dressé l’obstacle ultime: la langue. Il faut tout reprendre, mais dans un tout autre cadre, celui de la mise en place des fondamentaux de l’indépendance du Québec.

Qu’est-ce à dire? Reprendre l’offensive linguistique dans le cadre de la mise en place d’une constitution québécoise dans laquelle la Charte de la langue française révisée aura un statut constitutionnel tout comme la Charte des droits de la personne; de la révision de la loi 101 refaisant du français la seule langue de l’administration publique; de la formalisation de la citoyenneté québécoise dont la connaissance du français pour les nouveaux arrivants sera une condition nécessaire; d’une stratégie large de francisation des milieux de travail des petites et moyennes entreprises pour que l’apprentissage par les immigrants d’une troisième langue, l’anglais, ne devienne une discrimination; de l’extension aux réseaux privés et au CEGEP de l’application de la loi 101; d’une Cour suprême du Québec adjugeant les litiges afférents à l’application de ces nouveaux dispositifs juridiques.

Cette offensive est d’abord et avant tout un message clair au Canada et au monde que le Québec ne se laissera pas faire. Au contraire, devant l’avenir que lui réserve le Canada, il entend s’affirmer, voler de ses propres ailes et être au monde une composante originale de la riche diversité langagière et culturelle de la planète. Et qu’il le fera politiquement en s’assumant ultimement comme nation dotée d’un État moderne complet. S’il est un bon côté à la décision de la Cour suprême du Canada c’est celui d’avoir donné au Québec l’heure juste, une dernière fois.

Pierre Falardeau, héraut intarissable !

28 septembre 2009

Par Gérald Larose, président

Trop tôt ! Il avait tant à dire. Il racontait le pays à venir avec une force et une passion qui ne laissaient personne indifférent. Surtout pas celles et ceux qui ne partageaient pas le projet qu’il avait fait sien, celui de faire du Québec un pays français en Amérique du Nord.

Homme de culture et érudit d’histoire des peuples et de ses libérateurs, Pierre Falardeau n’avait pas son pareil pour traduire ici et aujourd’hui les grandeurs et les bassesses qui accompagnent tout processus de libération nationale. Les élites écopaient. Les masses aussi. Avec des sentiments tout différents. Pamphlétaire unique, sa voix totalement libre nous manquera. Généreux à souhait, particulièrement avec les jeunes, la fin de son engagement laissera un grand vide.

Pierre Falardeau nous a quittés. Le projet reste. Toujours aussi beau, emballant, structurant. Merci à Pierre Falardeau d’avoir nourri notre espérance et de nous avoir constamment rappelé qu’il nous appartenait de lui donner des mains. En cela, il aura été un héraut intarissable que son œuvre nous permettra d’entendre encore longtemps.

Adieu. Merci.