Les OUI Québec ont un an et connaissent une heureuse poussée de vitalité et de croissance. Dans deux ans, le Québec sera en élection. Déjà, cette élection ne se présente pas de façon classique. Elle peut réserver bien des surprises. Le Parti québécois a un nouveau chef, qui ne cache pas sa volonté de faire du Québec un pays. Cependant, durant les 15 années précédant l’élection de 2018, les Libéraux auront été au pouvoir pendant 13 ans et demi, ce qui, en soi, défie toutes les règles d’alternance auxquelles nous étions habitués. Manifestement, notre mode de scrutin, qui permet à un parti de gouverner environ 35% des voix exprimées, est mal adapté à la réalité plus contemporaine d’un système politique comptant plusieurs partis politiques. Bref, il y a là un enjeu de taille auquel il faudra apporter des solutions novatrices.

Aux dernières élections québécoises, les Libéraux ont recueilli quelque 40% des votes contre 60% qui sont allés vers les partis d’opposition. Mis ensemble, les trois partis indépendantistes québécois n’arrivent plus à mobiliser tous les votes des indépendantistes. Dans certains comtés, le fractionnement du vote indépendantiste a permis de faire élire des députés fédéralistes, malgré un vote indépendantiste largement majoritaire. Voilà qui rend plus difficile l’élection d’un gouvernement majoritairement composé d’indépendantistes pour aller de l’avant avec le pays.

Dix ans après avoir fait l’impasse sur la question nationale, la Coalition avenir Québec (CAQ) revient maintenant avec des revendications constitutionnelles. Cependant, tel un chat châtré, elle mine toute perspective de rapport de force pour les obtenir, en annonçant d’entrée de jeu, que même dans le pire des scénarios, l’indépendance n’est pas une option qu’elle envisage. Comment dans ce contexte, peut-elle se présenter comme une alternative sérieuse aux Libéraux, tant sur la question nationale que sur les questions politiques et sociales? En effet, depuis près d’un an, la CAQ accuse les Libéraux de lui avoir volé son programme de compressions et de révision du rôle de l’État. Pourquoi les québécois devraient-ils rêver de changements constitutionnels substantiels qui ne sont pas venus depuis le rapatriement unilatéral de la Constitution par le reste du Canada, à l’encontre de la volonté exprimée par tous les partis politiques du Québec? De plus, pourquoi voter pour un parti qui a promis un grand ménage, alors qu’un autre l’a réalisé et continue à s’en faire le champion? Le vrai changement doit venir d’ailleurs et la société civile indépendantiste devra peser de tout son poids pour l’obtenir.

Puis il y a ces 40% d’indépendantistes qui, contre toute attente, continuent de croire que nous ferions mieux si nous volions de nos propres ailes, loin du carcan fédéral, pour mieux retrouver notre âme de bâtisseur et de constructeur d’avenir. Cette société civile, dont nous sommes la branche organisée, a un rôle majeur à jouer dans les deux prochaines années. C’est sur notre coalition que repose, entre autres, la responsabilité de faire entendre haut et fort la volonté citoyenne de converger. C’est à nous aussi qu’il revient d’affirmer que le temps est venu d’avancer et de rompre avec l’alternance de « bons gouvernements ». Comme à l’aube de plusieurs grands changements, des groupes et des citoyens ont le goût de se remettre en marche. À nous de faire preuve de leadership, de lancer cet appel à l’action et au changement et d’offrir un lieu réel de convergence où l’espoir et le dynamisme peuvent fleurir. La question du pays appartient d’abord aux citoyens qui doivent plus que jamais se l’approprier.

Forte de cette analyse, notre assemblée générale a fait preuve d’ambition et d’audace en nous confiant les mandats que vous pouvez retrouver plus loin dans cette info-lettre. Ceux-ci soulèvent plusieurs défis pour une organisation bénévole et citoyenne comme les OUI Québec. Toutefois, nous comptons les relever avec méthode et détermination.

Voici quelques indications quant aux priorités et au plan de travail qui seront soumis à notre prochain C.A. Le plan de travail proposé s’articule autour de trois axes: se faire connaître et se développer, se donner les moyens financiers de nos ambitions, prioriser la question de l’indépendance et travailler à la convergence de tous les indépendantistes.

SE FAIRE CONNAÎTRE ET SE DÉVELOPPER

Une vaste campagne d’adhésion sera engagée prochainement. Elle vise à faire le plein des indépendantistes de tout horizon, de façon à établir un rapport de force citoyen en faveur de l’indépendance avant l’élection de 2018. Elle se déploiera d’abord en région et sera accompagnée d’une campagne de presse et de visibilité. Nous comptons, pour y arriver, nous appuyer sur nos affiliés déjà présents en région: nos organisations régionales là où elles existent, les sociétés nationales des Québécois, les sociétés Saint-Jean-Baptiste et les syndicats. Dans la foulée de ces actions, nous comptons nous doter d’une coordination régionale et initier des actions de mobilisation.

Notre campagne de développement priorisera un certain nombre de groupes cibles : les jeunes, les femmes et les communautés culturelles. Déjà, une activité est en préparation pour le 8 mars prochain, journée internationale des femmes. D’autres suivront autour de chacune de ces thématiques. Nous y reviendrons dans nos prochains bulletins.

Se développer, c’est aussi peaufiner nos argumentaires en faveur de l’indépendance et dans certains cas, aller même jusqu’à esquisser les grands contours du pays que nous voulons bâtir. Déjà, des militantes et des militants s’affairent sur des questions telles que l’égalité des femmes, les jeunes, les communautés culturelles, de même que sur les rapports que nous voulons développer avec les nations autochtones. En 2016, nous aborderons aussi les problèmes structurels découlant de notre appartenance à la fédération canadienne en matière d’environnement, de finances publiques et d’austérité. Les activités et les prises de position sur chacun de ces thèmes vous seront communiquées dans nos prochaines publications.

SE DONNER LES MOYENS DE NOS AMBITIONS

Depuis la création des OUI Québec, nous détenons le mandat de mettre en place un fonds pour pouvoir financer adéquatement les divers projets de la société civile en matière d’éducation, de mobilisation et de promotion de l’indépendance. Ce projet, nous le concevons comme un guichet unique au service de tous les indépendantistes de la société civile. Il repose sur l’importance que nous accordons à cette société civile comme un des moteurs majeurs pour nous conduire à l’indépendance. Le défi est de taille. Il faudra, pour nous donner les moyens de nos ambitions, mobiliser d’importants moyens financiers. Voilà pourquoi nous avons consacré beaucoup de soins à développer ce projet.

Dans les prochaines semaines, ce projet essentiel va connaître une grande accélération avec la désignation d’une Direction générale pour voir à sa mise en place et à son lancement. Le prochain C.A. sera à nouveau saisi de ce dossier, que nous souhaitons voir aboutir rapidement.

TRAVAILLER À LA CONVERGENCE DES INDÉPENDANTISTES

Le forum d’échange et de coordination des OUI Québec avec les partis politiques indépendantistes se met en place sur des bases solides. Chacun s’est engagé à une délégation stable et de haut niveau. Nous travaillerons à développer et à organiser des activités plus larges de convergence, à mieux nous comprendre et à coordonner les efforts de chacun. En outre, nous avons déjà convenu d’aborder le mandat qui a été voté par notre dernière assemblée générale concernant l’élaboration d’une feuille de route pouvant conduire à l’indépendance. Enfin, un calendrier intégré des diverses activités indépendantistes est en préparation et pourra être rendu disponible à tous.

L’année 2016 est déterminante. On le voit, elle démarre sur des chapeaux de roues. Nous comptons, avec votre soutien et votre collaboration, relever les grands défis qu’elle présente.

Bonne année à toutes et à tous.

Claudette Carbonneau
Présidente des OUI Québec