Voter pour punir
Par Gérald Larose président du Conseil de la souveraineté du Québec
Cette campagne ne devait pas avoir lieu. Le parti libéral trônait à l’Assemblée nationale. L’ADQ n’était que l’ombre d’elle-même. Le PQ était en réorganisation. Personne ne menaçait personne. Le peuple québécois venait de se farcir l’élection fédérale. Il avait suivi avec attention l’élection américaine. Il voulait prendre un peu de distance. Se reposer de la joute partisane. Voir venir un peu. Que non! Charest y a vu une extraordinaire opportunité de profiter de ce temps mort pour se gagner une majorité à même l’écœurement, la désaffection et le cynisme de la population.
Voilà pourquoi, dès son lancement, cette campagne a piqué du nez. Et elle n’a jamais levé car l’enjeu identifié par celui-là même qui l’a déclenchée est hors de portée. Personne ne croit que c’est une province qui peut venir à bout d’une crise de l’ordre de celle qu’on nous annonce. Où sont les leviers? Où sont les ressources? Qui gèrent les relations? Quels sont les forums? Qui y participent? Le Québec est loin de ce trafic comme le sont toutes les provinces du Canada ou du monde. La régulation internationale est affaire de pays comme l’est la conduite des affaires économiques dans des contextes de graves tourmentes nationales. Et curieusement le gouvernement du pays auquel le Québec appartient vient de préciser que dans la gestion de cette crise il ne se passerait rien avant l’annonce du budget.
Au Québec, le temps d’une campagne « provinciale », les politiciens libéraux font semblant de s’exciter sur l’économie. Le peuple a la conviction intime qu’on rit de lui. Parce que c’est dans un pays, le Canada, que les choses sérieuses se passent. Parce qu’en plus, dans ce pays, ça se passera uniquement dans trois mois. Et qu’en bout de ligne, ça se passera en fonction de ses intérêts économiques. Le reste c’est de la “broue”. « Cessez de nous écœurer ». Il existe donc une tentation énorme de faire un bras d’honneur au processus électoral lui-même. Très malheureusement, ce serait donner raison à Jean Charest. Il ne le faut pas. Résistons. Levons-nous. Et allons voter pour punir celui-là même qui nous a lancés sur ce mur.